Constant Paisant

Hommage à Constant Paisant, résistant FTP au Plateau des Glières, décédé vendredi 27 novembre 2020. Il était l’un des 3 premiers signataires de notre rassemblement Paroles de Résistances en 2007 suite à la venue de Nicolas Sarkozy. J’avais eu la chance de passer du bon temps avec lui avec à chaque fois des échanges humains et politiques riches et passionnants. A l’époque, on nous disait que la Résistance n’était pas "politique". Il témoigne du contraire dans mon film "Walter, retour en Résistance" aux côtés de Walter Bassan et Stéphane Hessel. Salut et respect camarade !
Gilles Perret.

Constant, combattant des Glières

Par Michel Etievent

Chaque fois qu’il m’accompagne au plateau des Glières, Constant Paisant lève sa main dans la lumière. Au bout, l’oiseau monument inauguré par les mots de Malraux. Une aile déployée, l’autre tranchée à vif dans le béton. Tout autour, le plateau enserré d’ombres d’épicéas à peine chahutées par un envol de corneilles lointaines. « C’est drôle, dit-il, la mémoire. Tu la crois enfouie et puis un jour tu tires sur le fil et tout revient, les visages, les mots jusqu’aux odeurs de bois et de graisse d’armes. Longtemps j’ai refusé de parler et puis, un jour, tu sens qu’il le faut. Pour ne pas perdre le souvenir. Pour ne pas qu’ils le déforment. L’appétit de savoir des jeunes fait le reste ! » Constant Paisant est l’un des 400 hommes qui pendant trois mois ont tenu le réduit des Glières, défiant Allemands et miliciens, dans la neige et la mitraille jusqu’au 26 mars 1944. Un dimanche de sang où l’héroïsme et la mort ont inscrit dans la chair des lieux une des plus belles pages de notre mémoire collective.

1940. Jours de débâcle. Constant à 17 ans. Autour de la table familiale, les mots du père : « Ne crois pas en Pétain, son chemin n’est pas celui de la France » Les années qui suivent accréditent les mots de l’ancien. Dans les vallées de Haute Savoie, très vite tombe la chape de plomb de la collaboration. On mute les instituteurs républicains, on dissout les conseils municipaux, on embarque les amis en pleine nuit. Sur les façades, une poignée d’ombres graffitent le refus. Un jour vient le tampon sévère du STO. Les maquis gonflent sous l’afflux des réfractaires : « J’ai refusé d’aller aux Chantiers de Jeunesse, j’ai quitté mon travail et je suis parti à la recherche des FTP ». Suit une longue errance entre
coups de mains et sabotages. Vieux fusil au poing, Constant fait dérailler des locos ennemies. 1944. L’étau se resserre. A la Roche sur Foron débarquent les « Canadiennes », sections anti terroristes de Vichy. Puis viennent les GMR qui frappent et déportent. « En haillons, la faim au ventre, j’ai rejoint le groupe FTP Franquis, puis grimpé aux Glières. Bien sûr, on flairait la souricière. Concentrer les maquis était plutôt à l’inverse de la stratégie de mobilité de FTP, mais on n’en pouvait plus d’errer et c’est là qu’avaient lieu des parachutages »

Le plateau grouille. Ils sont plus de 250 de l’Armée Secrète sous les ordres de Tom Morel. Constant et son groupe surveille le col de l’Enclave, une des entrées du massif. « Nuit et jour, transis de froid, avec ces avions ennemis qui passaient si près que tu voyais les visages des pilotes dans le cockpit ». 25 mars. Plein écran dans les jumelles de Constant, 59 camions, 900 soldats allemands grimpent à l’assaut des résistants. « J’ai senti l’enfer arriver ! » confie t-il. L’enfer était déjà sur le plateau, bombardé depuis le 13 mars. Constant s’y rend aussitôt. Horreur aux lisières : « Le feu léchait l’alpage, les avions avaient tout rasé. Sous les pins, des blessés râlaient ! ». Tenter de briser l’encerclement : foncer vers la vallée. Derrière surgissent les Allemands et devant attendent les miliciens. « Deux nuits à ferrailler contre l’impossible. La milice était partout. Il fallait passer coûte que coûte ».

Constant passera, une balle raflant le manteau. Là-haut, des centaines d’amis tombent, des prisonniers dont des Républicains espagnols sont exécutés sur place. Mais le signal était donné.

Le sacrifice des Glières sera porté comme un flambeau vers la Libération. Un étendard qui flotte encore aujourd’hui. Le drapeau de la dignité, tenu à nouveau par tous ceux qui refusent à jamais la barbarie et l’exclusion…

Archive Cinémathèque des Pays de Savoie et de l’Ain, entretien avec Bernard Favre

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