Publié : 30 mai 2010

L’hommage de Walter Bassan à Amédée Guy

Hommage à Amédée Guy, par Walter Bassan, Plateau des Glières, 16/05/10


Il y a presque 70 ans, le 10 juillet 1940, 670 députés et sénateurs étaient réunis dans la Salle de l’Opéra de Vichy pour voter les pouvoirs constituants au gouvernement Pétain.
Amédée Guy, un des 4 députés de Haute-Savoie, refusa de voter ces pleins pouvoirs.

L’article unique de ce jour funeste disait notamment :

« L’Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. (…) »

Seuls 80 parlementaires ont voté ce jour là contre l’abolition du régime républicain.
A partir de cette date, Vichy devient, pendant plus de quatre ans, la Capitale de l’Etat Français.
C’est la mort de la République qui est signée ce 10 juillet 1940 et c’est un premier acte fort de Résistance qui est posé par les 80 dont Amédée Guy.

Aussi souhaitons-nous maintenant et ici, 70 ans après, rendre vraiment hommage à Amédée Guy :
né en 1882, il fut élu en 1936, l’année du Front populaire, député SFIO à Bonneville, ville située en bas du Plateau des Glières.
Médecin, il s’attacha dans les travaux parlementaires aux questions de santé publique et aux aspects sociaux de la médecine. Titulaire de la Croix de guerre 1914-1918, il était un ardent socialiste et pacifiste écrivant à ses électeurs qu’il fallait « tuer les guerres en libérant les patries de l’odieuse tutelle de ceux qui vivent des conflits armés : les marchands de canons, de béton, de cercueils ».

Il participe au Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne en 1937, argumentant lucidement au sein de son parti pour que le gouvernement du Front populaire rompe avec la politique dite ‘de non-intervention’ « du fait de sa violation délibérée et constante par les grandes puissances fascistes » .
Il participe dans le même mouvement à l’organisation de la « Centrale Sanitaire Internationale d’Aide à l’Espagne Républicaine » qui va apporter des aides médicales aux républicains espagnols : Amédée Guy est membre du comité d’honneur aux côtés de nombreux médecins et professeurs dont le docteur Wallon, le Professeur Henri Roger, le couple Joliot-Curie.

En 1940, suite à ce refus d’abandonner la République, à ce NON à Pétain, Amédée Guy va être mis en résidence surveillée. (Notre département, le département de Haute-Savoie, va d’ailleurs compter bientôt plus de 40’000 adhérents à la vichyste Légion Française des Combattants : c’est-à-dire l’effectif le plus élevé de tous les départements de la zone libre ; un département où Pétain, en 1941, à Annecy, sera acclamé par une marée humaine.)

Il en fallait des convictions fortes et du tempérament à Amédée Guy, à 58 ans, pour se lever contre Vichy.
Il est placé dès lors en résidence surveillée et s’implique dans la Résistance. En 1942, l’Italie envahit la Haute-Savoie, il est arrêté par la police italienne et incarcéré à Impéria.
En 1943, au moment de l’arrivée des troupes allemandes en Italie, c’est la résistance italienne qui permettra à Amédée Guy de gagner la Suisse.
Il appartiendra au Comité départemental de Libération, en 1944.

Après la guerre, il sera élu député à la première Constituante, il s’investira aussi dans le service qu’il dirigera à l’Institut du cancer à Paris.
Il se retirera en 1948 de la vie politique et décèdera en 1957.

Merci à Amédée Guy pour ses combats et pour son NON à l’infamie il y a 70 ans.

Walter Bassan