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Publié : 8 octobre 2014

Raymond GUREME agressé et blessé chez lui par la police, qui conteste sa version des faits

"La police affirme ne pas avoir frappé M. Gurême, qui maintient ses accusations
3 octobre 2014
La commissaire d’Arpajon, chef de la circonscription de sécurité d’Arpajon (Essonne), dément tout violence sur la personne de Raymond Gurême, âgé de 89 ans, ancien résistant et rescapé de camps d’internement et de discipline en France et en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale, selon un rapport officiel dévoilé par le site d’information Médiapart.
rrRaymond Gurême accuse un policier en particulier de l’avoir frappé à plusieurs reprises dans sa caravane, le 23 septembre lors d’une intervention policière qui ne le concernait pas directement, de l’avoir jeté sans ménagement à l’extérieur et de l’avoir à nouveau frappé à l’extérieur. Joint par téléphone vendredi 3 octobre et ayant eu connaissance de la version policière « venant de quelqu’un qui n’était même pas sur place », il maintient ses accusations, se disant « indigné » que les violences qu’il a décrites et les traces de coups qu’il a montrées soient ainsi niées.
Le presque nonagénaire, en pleine forme avant le 23 septembre, présente depuis cette date de nombreuses traces de coups, des contusions aux cervicales et au crâne, des vertiges, constatés par son médecin traitant.
Il a eu 15 enfants et environ 250 descendants, qui, pour la plupart vivent autour de chez lui. Certains disent n’avoir tenté de s’interposer que quand ils ont vu leur père molesté par des policiers. Quatre d’entre eux ont été condamnés pour « outrage et rébellion » en comparution immédiate le 24 septembre. L’un à deux mois de prison ferme, le second à quatre mois avec sursis, le troisième à une amende de près de 600 euros et le quatrième à quatre mois avec sursis, une amende et 110 heures d’intérêt général.
Tous les quatre ont décidé de faire appel « pour le principe » même s’ils savent qu’ils risquent des condamnations plus lourdes.
Ils estiment que c’était aux policiers d’être condamnés pour avoir maltraité une personne âgée et que les procédures « d’outrage et rébellion » sont systématiquement appliquées pour les faire taire lorsque les forces de l’ordre ne se comportent pas correctement.
Selon la version policière, l’intervention se serait déroulée en deux temps. Vers 12 h 50 le mardi 23 septembre 2014, deux agents de la brigade anticriminalité (Bac) d’Arpajon, en patrouille, auraient repéré un membre de la famille Gurême recherché pour vol en bande organisée avec arme dans le cadre d’une information judiciaire. L’homme d’une cinquantaine d’années aurait alors pris la fuite sur son scooter en direction du terrain où il réside et qui est situé plusieurs centaines de mètres au dessus de celui de Raymond Gurême.
Un enfant de 13 ans aurait alors lancé deux vélos et une pierre qui aurait brisé la vitre arrière de la police. La famille conteste cette version.
« Compte tenu de la situation tendue et de leur infériorité numérique », les policiers décident de battre en retrait, également « au vu du profil des individus à interpeller et surtout de la physionomie de ce secteur habité presque exclusivement par des gens du voyage, hostiles à la police et connus défavorablement de nos services », selon la police.
La commissaire décide alors de réunir « un maximum de policiers » de son commissariat ainsi que quatre équipages de renfort de l’état-major et du district de Palaiseau.
A 15H30, les policiers sont donc de retour en force – la famille Gurême parle d’une quarantaine de policiers et dit s’être sentie « assiégée ».
Les policiers investissent « les deux camps » situés au 14 et au 36 du même chemin, écrit la commissaire.
Il est à noter qu’il est particulièrement violent que l’administration décrivent régulièrement les terrains des voyageurs ou les bidonvilles des Roms comme des « camps », ce mot faisant référence pour les habitants comme pour les historiens aux camps d’internement français pour « nomades » de la Seconde Guerre mondiale, gardés par des policiers et gendarmes français et aux camps de concentration dans lesquels quelque 500.000 tsiganes ont été exterminés par les Nazis et leurs collaborateurs lors du génocide. Sans parler de l’expression « gazeuse » également présente dans le rapport pour désigner les bombes lacrymogènes.
L’intervention se déroulait par ailleurs chez la famille d’un rescapé de ces camps et en l’espèce de celui de Linas-Montlhéry, M. Gurême s’étant installé à cet endroit, situé face à la colline de Linas, pour protester contre l’oubli de cette page noire de l’histoire française.
Pour revenir à la version policière donc, les policiers fouillent les domiciles des familles – il n’est pas précisé s’ils ont besoin de mandat de perquisition pour cela ou non dans la mesure où ils agissent suite à « un flagrant délit ». La famille en tout cas dit avoir réclamé un mandat en vain.
Très rapidement selon les policiers « les habitants s’opposaient fermement à notre présence, nous indiquant ne rien avoir à faire chez eux, nous intimant l’ordre de dégager, nous reprochant même de tuer leurs enfants, proférant des menaces de morts à notre encontre et (…)des propos de plus en plus injurieux. »
Selon les témoignages de plusieurs membres de la famille Gurême et de Raymond lui-même, ses enfants et petits-enfants n’ont fait que tenter de le défendre et c’est à ce moment que des coups et des insultes ont été échangés, car selon la famille Gurême coups et insultes venaient aussi de la part des policiers.
Plusieurs membres de la famille Gurême, dont Raymond, ont eu des démêlés plus ou moins graves avec la justice et la police. De leur côté, de nombreux membres de la famille s’estiment discriminés par l’administration, la police et la justice. C’est un sentiment très fort qu’ils font remonter à l’internement arbitraire de Raymond Gurême lorsqu’il avait 15 ans.
Selon la version policière, « malgré l’état de nervosité des individus, la visite s’opère sans incident jusqu’à la visite de la caravane du +patriarche+ ». A noter encore ce terme de « patriarche », que l’administration n’utilise que dans le cas de délinquants voire de mafieux et qui donne l’idée d’un « clan » dangereux, comme on le disait autrefois pour les tsiganes.
Alors qu’elle se trouvait sur l’autre terrain, situé beaucoup plus haut et où aucune arrestation n’avait été opérée, la commissaire dit avoir été alertée par des cris venant du terrain de Raymond Gurême. Elle s’y rend avec d’autres policiers et constate selon elle que « les policiers étaient victimes de jets de pierres, d’insultes, et de menaces de mort de la part des habitants au nombre d’une trentaine environ ».
Un des fils Gurême a une autre explication : « les policiers revenaient bredouille de l’autre terrain, ils s’étaient dérangés à beaucoup et ne pouvaient repartir bredouille au commissariat, ils auraient perdu la face. Alors ils nous ont provoqués en s’attaquant au père. Ils savaient qu’on réagirait et comme ça ils en ont embarqué quatre pour outrage et rébellion ».
Deux des fils, un petit-fils et une petite-fille de Raymond Gurême, âgés de 36 ans à 46 ans, s’interposent. Ils sont interpellés et placés en garde à vue. Les policiers font usage de gaz lacrymogène pour disperser les habitants, avant de quitter les lieux un peu après 16 heures, selon les policiers. Les quatre personnes en question indiquent avoir tenté de défendre leur père ou grand-père et n’avoir eu « aucune chance », étant eux-mêmes immédiatement assaillis par trois ou quatre policiers chacun.
Dans leurs procès-verbaux rédigés le jour même, les agents n’évoquent à aucun moment le déroulement de la perquisition chez Raymond Gurême, souligne Mediapart.
Dans son rapport du 29 novembre, la commissaire, qui une nouvelle fois n’était pas sur place mais à plusieurs centaines de mètres lorsque M. Gurême dit avoir été frappé, affirme : « à aucun moment, cette personne (Raymond Gurême) n’a été victime de violence de la part des policiers intervenants. Ces derniers indiquent que, dès leur arrivée au 14 (…), ils se sont fait copieusement insulter (…) mais qu’ils ont préféré dans un premier temps ne pas en tenir compte et procéder aux vérifications. A ce moment là Raymond Gurême, le patriarche se tenait à l’extérieur de la caravane (et non attablé à l’intérieur comme il le prétent). Le motif de l’intervention lui a été immédiatement donné, comme aux autres personnes présentes. Les policiers s’assuraient que les individus recherchés ne se trouvaient pas dans les différents caravanes et autres abris de fortune ».
A noter que ces caravanes et « abris de fortune » constituent le domicile de bien des familles. Un domicile considéré comme aussi sacré et inviolable qu’un château de 12 pièces.
« Alors qu’ils allaient pénétrer dans sa caravane, Raymond Gurême s’interposait et demandait aux policiers de sortir, n’ayant pas de +mandat de perquisition+. Il était simplement mis de côté par le gardien de la paix (…) qui le prenait par les épaules, afin de permettre aux vérifications de se poursuivre. Toutefois cette intervention dans la caravane du patriarche était très mal perçue par les autres membres de la famille Gurême et engendrait des tensions de plus en plus importantes », selon la version policière.
« Quelques minutes plus tard, alors que la situation dégénérait sur le camp et que les policiers procédaient aux autres interpellations précitées pour +outrage et rébellion+, Raymond Gurême se tenait en retrait, vers le fond du camp », assure la commissaire qui dit avoir vu « des mamans tenant des enfants dans les bras ainsi qu’une jeune femme enceinte, complètement hystérique, venant au contact des policiers qui tentaient de les repousser, nous insultant et nous jetant des pierres ».
La commissaire, dont l’attitude et la responsabilité sont sur la sellette dans cette affaire qui a fait grand bruit et est remonté assez haut au niveau politique, conclut donc dans son rapport qu’il n’y a eu aucune faute commise.
« Aucune arme de défense n’a été utilisée en l’espèce, en dehors de la +gazeuse+ », affirme-t’elle, alors que M. Gurême assure avoir été frappé à coups de pied et avec une matraque télescopique.
« Je ne vois pas comment Raymond Gurême aurait pu être victime d’un mauvais coup qui viendrait expliquer ses hématomes », affirme la commissaire, qui cependant ne se trouvait pas sur place lorsque Raymond Gurême dit avoir été frappé et n’explique pas comment, selon elle, ces traces de coups sont arrivées sur le corps d’un nonagénaire pesant moins de 40 kilos.
Des membres de la famille affirment même avoir été avertir à plusieurs reprises la commissaire que des violences se déroulaient et visaient notamment le vieil homme. Mais elle a, selon eux, refusé de se déranger et est arrivée après les évènements que M. Gurême relate. La commissaire se trouvait sur un terrain assez éloigné au 36, alors que celui de Raymond Gurême se situe au 14 de ce chemin de St Germain-les-Arpajon. Tous ces terrains sont boisés ce qui empêche de voir ce qui se passe de l’un à l’autre.
Le médecin de famille de Raymond Gurême, qui n’est pas spécialisé dans les constatations médico-judiciaires, et ne voit généralement jamais l’octogénaire qui ne prend pas de médicament et n’est jamais malade, a relevé le 23 septembre sur un certificat médical qu’il présentait deux ecchymoses respectivement de 5 et 8 centimètres au thorax et sur l’avant-bras droit, ainsi que des « contusions à l’épaule droite et au crâne ». Le 29 septembre, M. Gurême a dû retourner chez son médecin car il souffrait de fortes douleurs aux yeux et aux cervicales qui ont nécessité le port d’une minerve. Le médecin a rédigé un second certificat médical constatant des « cervalgies avec vertige et perte d’équilibre », ce dont M. Gurême n’a jamais souffert avant le 23 septembre.
Lorsque Raymond Gurême a été porter plainte à la gendarmerie d’Egly, le 24 septembre, des photos ont été prises de ces traces de coups par un gendarme qui a assuré les avoir placées dans le dossier transmis au parquet d’Evry.
Mais ceux qui connaissent ce type de procédure et notamment Me Henri Braun, avocat de M. Gurême, s’étonnent que le vieil homme ne se soit pas vu délivrer de réquisition pour un rendez-vous à l’unité de consultations médico-psychologiques d’Evry, seule habilitée à faire des constatations médicales spécialisées dans le cadre judiciaire et à délivre des jours d’ITT. Selon les explications fournies par le parquet et la gendermarie, l’UCMJ d’Evry est « débordée », ne donnant que des rendez-vous à trois semaines et ne voyant que des personnes dans le cadre d’une garde à vue.
Cette absence de rendez-vous et d’ITT pour Raymond Gurême, alors que certains des policiers ayant participé à l’intervention se sont vus immédiatement délivrer rendez-vous et ITT, fragilise bien entendu la plainte déposée par M. Gurême et fait craindre qu’elle ne soit classée sans suite.
Elle apparait comme une inégalité supplémentaire pour un citoyen souhaitant porter plainte contre la police, a fortiori si ce citoyen est voyageur, âgé, pauvre, a déjà été condamné et ne connait pas les méandres de l’administration. La difficulté pour un citoyen lambda en France de porter plainte contre un ou des membres des forces de l’ordre est régulièrement dénoncées par les associations de défense des droits de l’Homme au niveau français et européen.
Il est à souligner également que l’original du certificat médical du 23 septembre a été conservé par la gendarmerie et envoyé au parquet, si bien que M. Gurême n’a plus en possession qu’une copie. Le second certificat n’a pas été pris en compte.
Le parquet d’Évry a ouvert une enquête préliminaire, qui a été confiée aux policiers de la cellule de déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de l’Essonne. La procureur rendra sa décision dans un délai de trois mois.
Encore une fois, l’absence de constatations médico-légales immédiates ou rapides sur la personne de M. Gurême est gênante pour la fiabilité et l’impartialité de cette enquête.
M. Gurême a également fait des démarches auprès de l’IGPN et du défenseur des droits. Des interventions policières ont déjà eu lieu sur son terrain et ceux de ces enfants mais le presque nonagénaire ne présentait de traces de coups après aucune d’entre elles."
Isabelle Ligner
Source : http://www.depechestsiganes.fr/la-police-affirme-ne-pas-avoir-frappe-m-gureme-qui-maintient-ses-accusations/